
Oui, oui, le titre est un peu racoleur, je l’avoue !
Mais en fait, après avoir totalement bâclé mon analyse d’hier quant aux différents mouvements qui se sont enclenchés autour de la revente de billets, j’ai eu le temps de me pencher à nouveau sur l’amendement UMP qui pourrait faire l’objet d’une adoption rapide. Certains lecteurs de VisualMusic m’avaient interpelé là-bas et ici-même concernant une petite nuance qui fait toute la différence, je cite :
La revente habituelle de billets sportifs ou culturels sans autorisation des exploitants sera passible de sanctions…
Ha ! Effectivement, étant quand même au travail hier, j’avais survolé le texte paru dans le même temps et n’ai pu m’y attarder que le soir et cette notion d’habitude est finalement intéressante et problématique. Intéressante car, avouons-le, certaines sociétés ont monté leur business plan (de façon risquée si vous voulez mon avis) sur la revente habituelle de billets. Cela risque donc de mettre un véritable coup d’arrêt sur cette revente jusque-là légale (faute de loi s’opposant à la pratique dans le cadre des concerts privés, en cas de subvention publique, là c’est une autre histoire). Oui, on ne va pas tirer à boulet rouge de façon aveugle sur des sociétés qui vont être les premières à en faire les frais alors que quelque part, elles ont au moins eu la décence d’être déclarées. Comprendre payer des charges à l’État, etc…
Ce n’est pas pour autant que je cautionne plus mais bon…
Là où je me pose des questions, c’est de quelle manière on identifie un revendeur habituel ? La délation entre internautes ? Chose que je n’encourage pas, on n’est pas là pour se substituer au cadre légal, même s’il est inexistant. La police ? Ils ont sûrement d’autres choses à gérer et bon, on cherche suffisamment à « fliquer » le web en ce moment, de par le monde (coucou l’ACTA, PIPA, SOPA), pour que l’on s’évite ça, hein.
Alors quand je parle d’amendement Megaupload, c’est juste pour faire un parallèle avec un autre événement lié au domaine informatique. Ainsi, les autorités ont fait fermer les sites de l’univers Megaupload, ce qui a mis un coup d’arrêt au téléchargement illégal mais un coup d’arrêt somme tout assez relatif, puisque les premières études tendent à prouver que les internautes ont migré vers d’autres services voire d’autres hébergeurs. Ces internautes n’ont donc fait qu’adapter leurs usages aux contraintes nouvellement imposées. Là, c’est un peu la même chose, le revendeur habituel qui ne veut pas s’asseoir sur ses précieux revenus trouvera sûrement des subterfuges. Ainsi il sera sûrement plus simple de créer plusieurs pseudos sur Leboncoin que sur eBay. Sans parler du fait que Leboncoin risque d’occasionner bien plus de cas d’arnaques (car moins contrôlé qu’eBay). Comment contrôle-t-on de fait un revendeur habituel sur Leboncoin ? Ce n’est clairement pas le site qui va se charger de ça. On pourrait donc vite aboutir un constat d’inefficacité (bien que là, encore, tout dépend des moyens mis derrière).
Donc en l’état l’amendement est une « avancée ». Oui, clairement. Remettons en perspective l’état actuel des choses, la seule loi en vigueur est une loi quasi vieille d’un siècle (1919) ! Il y a forcément un déséquilibre absolu entre l’époque de rédaction et (même si je n’aime pas le terme) « l’industrie » du spectacle telle que nous la connaissons maintenant.
Maintenant, concernant ce sujet, tout me semble bon à prendre. Ceci étant dit, si on souhaite mettre un coup d’arrêt définitif au marché noir « organisé » tel qu’on peut le voir s’étaler sur le web, c’est d’interdire une revente de billet au-delà de la valeur faciale.
Là au moins, le message est clair. Pas d’ambiguïté. Pas de notion de « récidive » ou « d’habitude » à prendre en compte. Un billet valant 37€ à la caisse de la FNAC ne vaut pas plus une fois sorti du réseau de revente officiel.
Autre source d’inquiétude :
Les sites de revente seront donc contraints à obtenir l’autorisation de l’organisateur au risque d’être condamnés à une amende de 15 000 euros, et 30 000 en cas de récidive.
Et si certains producteurs donnent leur accord ? Que se passera-t-il ? Cela neutralisera dès lors tout tentative pour enrayer la revente de places à des tarifs prohibitifs. Attention, ceci dit, d’expérience, je dirais qu’une minorité de producteurs avait évoqué l’idée de jouer sur les tarifs des places en fonction de l’offre et de la demande. Ce n’est pas pour autant qu’il faut faire de ces exceptions un cas général. Néanmoins, même si cela ne touche que quelques concerts, ce sera toujours dommageable pour le spectateur/consommateur. Ce n’est pas parce que votre voisin est prêt à payer un SMIC pour aller voir U2 que cela justifie pour autant un tel tarif. Et ce ne sont pas les italiens qui vous diront le contraire à ce sujet (Barbra Streisand en avait justement fait les frais il y a quelques années).
Rendez-vous sur ce site prochainement pour plus d’informations !